Productivité ≠ Performance
#59 - 3 leçons sur pourquoi “tenir bon” n’est pas toujours la solution
Bonjour et bienvenue dans cette 59ᵉ édition du Carnet de Jeanne ✨
Vous êtes toujours plus nombreux à lire cette lettre toutes les semaines - alors que vous veniez d’arriver ou que vous me suiviez depuis le début, merci d’être là chaque mercredi 🧡
Avant de commencer, si vous venez d’arriver, vous pouvez :
- Réserver un call découverte avec moi via le questionnaire d’onboarding.
- En savoir plus sur mon offre “Stratégie LinkedIn”
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Maintenant, passons à l’édition du jour !
Il y a un mantra bien connu dans l’entrepreneuriat : “sois discipliné”. Publie tous les jours. Ne lâche rien et tiens le rythme coûte que coûte.
On entend ce discours partout : dans les posts LinkedIn, les podcasts, les reels motivationnels, etc.
Pendant 2 ans, je l’ai appliqué à la lettre.
Et pour cause : ça marche.
Deux ans durant, j’ai été l’incarnation parfaite de l’état d’esprit “discipline avant tout”.
Publication quotidienne sur LinkedIn.
Routine d’interactions millimétrée.
Newsletter hebdomadaire...
Le combo parfait pour ne jamais lever le pied.
J’ai une capacité de travail élevée ainsi qu’une discipline de fer - et je suis convaincue que je dois une grande partie de mes résultats à ces 2 traits de caractère. C’est grâce à eux que j’ai pu faire décoller mon activité et dépasser les 28 000 abonnés sur LinkedIn.
Sur le papier, c’est la preuve vivante que la discipline paie.
Mais après 2 ans “à fond”, je m’aperçois que cette médaille a aussi un revers un peu moins reluisant. Parce qu’une fois que cette machine est en marche, il devient presque impossible de l’arrêter.
Chaque semaine doit être aussi bonne que la précédente sous peine de se sentir coupable.
Chaque mois, on se surprend à vouloir “plus” que le mois précédent.
Les tableaux de statistiques deviennent des juges implacables : combien d’impressions ce post a-t-il généré ? Combien de nouveaux abonnés cette semaine ? Est-ce que mon chiffre d’affaires progresse assez vite ?
Cette fameuse discipline, libératrice au début, s’est transformée en une course sans fin d’où je ne pouvais pas sortir gagnante. Une course épuisante, où “ralentir” ressemble dangereusement à “reculer”.
Basiquement, la discipline qui vous fait avancer peut aussi devenir votre prison. Non pas parce qu’elle ne fonctionne plus, mais parce qu’elle vous empêche de lever le pied - même quand votre corps, votre tête, ou votre vie personnelle vous le réclament.
Il a fallu trois moments clés dans mon parcours pour que cette évidence me frappe en pleine face.
Dans cette édition un peu plus personnelle, j’aimerais partager avec vous trois déclics qui m’ont forcée à remettre en question ce rythme que je m’étais imposé.
Et surtout, qui m’ont appris que ralentir n’est pas synonyme d’échec, au contraire.
1 - L’Indonésie plutôt que Linkedin
Nous sommes en juin 2024. Mon activité tourne bien, 6 mois seulement après m’être lancée à temps plein.
Je suis sur un élan que tous les entrepreneurs rêvent d’avoir : ma visibilité explose, les demandes clients entrent et les projets s’enchaînent. C’est le moment où traditionnellement, on nous dit de “profiter de la vague”, c’est-à-dire d’accélérer encore plus pour capitaliser sur cette dynamique.
Et pourtant, c’est exactement à ce moment-là que mon mari et moi avons pris la décision de partir en voyage pendant 8 mois.
Indonésie, Philippines, Thaïlande, Vietnam, Malaisie, île Maurice.
On venait de se marier, et on ressentait ce besoin urgent de vivre ce rêve dont on parlait depuis des années, avant que la vie nous rattrape avec ses obligations et ses “ce n’est pas le bon moment“.
Mais ce voyage avait un prix : celui de casser un élan que j’avais mis des mois à construire. Réduire mon activité de 70% pour dégager du temps, et donc mettre en pause ce qui fonctionnait si bien.
Je ne vais pas vous mentir : cette décision m’a terrifiée.
Peur de perdre des contrats, que l’audience que j’avais réussi à bâtir m’oublie, voire que l’algorithme LinkedIn me “punisse” si je ne parvenais pas à tenir le rythme de publications.
Alors pendant les semaines qui ont précédé notre départ, j’ai anticipé le pire. J’ai tout organisé pour que mon business tienne en mon absence, ajusté mes offres et prévenu mes clients.
Début octobre 2024, on a pris l’avion.
Et 8 mois plus tard, surprise : rien ne s’est effondré.
Mon business a tourné à un rythme réduit, certes. Mais il a tourné. J’ai même lancé la première version de ma formation pendant ce voyage. Mes clients sont restés, ma communauté aussi.
Réduire mon activité de 70% m’a forcée à faire un tri radical. J’ai continué d’accompagner quelques clients, maintenu ma newsletter hebdomadaire et mon rythme de publications sur LinkedIn.
Tout le reste est passé à la trappe.
Ironiquement, c’est mon côté “discipliné” qui m’a permis de tenir ce rythme réduit. Parce que même en voyageant, j’ai maintenu une routine - juste beaucoup plus légère, mais non négociable sur les tâches les plus importantes.
Mais voilà la nuance : la discipline dont on parle partout - celle qui vous dit de ne jamais ralentir, de surfer sur la vague quand ça marche - m’aurait convaincue que ce voyage est un sabotage professionnel en règle, et m’aurait fait rester en Suisse.
Ce voyage m’a appris qu’il existait une autre forme de discipline : celle qui protège l’équilibre.
Mais même si à mon retour, j’avais déjà appris à ralentir, je n’étais pas encore prête à lâcher totalement prise.
Quelques semaines plus tard, un autre signal est venu me rappeler que je tirais encore trop sur la corde…
2 - Quand la discipline devient sourde
Fin avril 2025. Nous sommes presque à la fin de notre périple, et cela fait presque deux ans que je publie du contenu quotidiennement sur LinkedIn. Mon activité a très bien résisté à mes 8 mois de voyage, et je viens de franchir la barre des 20 000 abonnés.
Sur le papier, tout va bien.
Très bien, même.
Pourtant, je ressens quelque chose que je n’avais jamais vraiment ressenti auparavant : un coup de fatigue. Je ne parle pas d’une petite baisse de régime passagère, mais d’une forme de lassitude.
Est-ce le contrecoup de ces mois de voyage ?
L’épuisement accumulé depuis deux ans ?
Honnêtement, je ne sais pas trop.
Mais une chose est sûre : pour la première fois depuis que je me suis lancée, j’ai envie de lever le pied.
Là encore, ma sacro-sainte discipline me murmure que mon coup de fatigue ressemble dangereusement à de la faiblesse. Que je ne suis peut-être pas assez résiliente, ou pire : plus assez motivée.
Alors pendant des semaines, j’essaye de tenir bon. Je continue à publier 7 fois par semaine pour maintenir le rythme coûte que coûte.
Parce que c’est ce que font les entrepreneurs qui réussissent, non ?
Ils serrent les dents, et ils continuent.
Mais un matin, je me suis posé une question simple : pourquoi est-ce que je m’inflige ça ?
Mon business tourne.
Mes clients sont satisfaits.
J’ai la chance d’avoir une communauté engagée sur LinkedIn.
Alors pourquoi est-ce que je m’obstine à tenir un rythme qui m’épuise, juste par peur de “perdre” quelque chose ?
J’ai donc fait un test : passer de 7 à 5 publications LinkedIn par semaine.
Oui, c’est encore beaucoup.
Mais ça me permettait de souffler le week-end sans avoir l’épée de Damoclès de la publication du weekend au-dessus de la tête.
Et devinez ce qui s’est passé ?
Rien.
Absolument rien.
Aucune perte de visibilité.
Des demandes client qui continuent d’entrer, et aucune chute d’engagement. Mes statistiques sont restées stables, et personne n’a remarqué la différence. La seule chose qui a changé, c’est que j’avais enfin un peu d’espace pour respirer.
Ce moment m’a appris trois choses :
Déjà, que vous n’êtes pas une machine, et votre corps finira toujours par vous rappeler à l’ordre si vous l’ignorez trop longtemps.
Ensuite, que ce que vous avez construit est probablement plus solide que vous ne le pensez. Si réduire légèrement votre cadence fait tout s’effondrer, c’est que votre business reposait sur des bases fragiles. Mais si vous avez fait les choses correctement, il tiendra.
Enfin, que pour tenir sur la durée dans l’entrepreneuriat, il faut apprendre à se reposer. Non pas après avoir atteint tel objectif ou tel chiffre, mais maintenant et régulièrement. Parce que si vous attendez d’être complètement épuisé pour ralentir, il sera déjà trop tard.
À ce stade, je pensais avoir fait le plus dur : accepter de ralentir sans culpabiliser.
C’était sans compter sur la dernière leçon, plus puissante encore.
3 - L’heureux événement
Fin mai 2025. Nous sommes encore à l’île Maurice pour quelques jours quand j’apprends une nouvelle qui va tout changer : je suis enceinte.
Je ne vais pas m’étendre sur cet événement très personnel, mais il a eu un impact direct sur ma façon de travailler. Parce que les premières semaines de grossesse ont été compliquées : retour prévu en France, réinstallation dans notre appartement, reprise de mes activités à un rythme plus soutenu… le tout avec des symptômes difficiles à gérer. Fatigue permanente, nausées, envie de dormir 16 heures par jour, pour ne citer que ceux-là.
Là, plus possible de tricher : le corps commande, et vous obéissez. Il n’y a plus de volonté ou de discipline pour “tenir bon” : vous devez vous adapter.
C’est exactement ce que j’ai fait : j’ai arrêté de me forcer à travailler quand mon corps me disait de dormir, déplacé mes tâches importantes aux créneaux où j’avais encore un peu d’énergie et surtout, j’ai accepté que certaines journées, je ne peux tout simplement pas faire grand-chose.
Et là, surprise. J’ai réalisé que je suis bien plus productive quand je m’écoute et que je travaille moins qu’en étant à fond en permanence. Mes heures de travail étant plus limitées qu’avant, je suis plus concentrée, et plus efficace.
Parce que quand vous n’avez que 3 heures productives dans la journée au lieu de 8, vous n’avez plus le luxe de vous disperser. Vous savez que si les tâches que vous avez prévues ne sont pas terminées dans ce créneau, elles prendront du retard.
Et ça, ma discipline me l’interdit.
Ironie totale : en travaillant moins, je deviens plus productive. Chaque heure compte, alors je me concentre uniquement sur l’essentiel.
Encore une fois, c’est ma discipline qui me permet de tenir ce rythme réduit. Mais pas la discipline qu’on glorifie partout - celle qui consiste à en faire toujours plus. Je parle ici d’une autre forme de discipline : celle qui consiste à protéger farouchement son énergie et son temps, parce qu’on sait qu’ils sont limités.
Paradoxalement, c’est cette seconde discipline - plus saine, plus respectueuse de mes limites - qui me permet de continuer à avancer.
Aujourd’hui, ma grossesse est avancée, et je n’ai pas repris le rythme infernal que j’avais avant. D’ailleurs, je ne compte pas le reprendre. Au contraire, j’ai encore réduit ma cadence : je suis passée de 5 à 3 publications LinkedIn par semaine et cette newsletter est passée d’une édition hebdomadaire à un format bi-mensuel.
Pourtant, mon business continue de tourner, mes clients sont toujours là et ma communauté aussi.
La seule différence, c’est que je ne suis plus en mode “survie”.
Je ne lutte plus contre mon corps et ses besoins : je travaille avec, et non contre.
Et le plus beau dans tout ça ?
Tout le monde y gagne : mes clients comme moi-même.
Parce qu’on ne construit rien de durable en s’épuisant, et que la qualité du travail que vous fournissez pour vous-même ou vos clients est toujours supérieure quand votre corps et votre tête sont alignés.
Pour conclure
Pendant deux ans, j’ai vanté les mérites de la discipline.
Et je continue de le faire, parce que c’est elle qui m’a amenée là où je suis aujourd’hui.
Mais ces trois événements m’ont appris qu’il existe deux formes de discipline : celle qui vous pousse à en faire toujours plus, et celle qui vous apprend à protéger votre énergie pour tenir sur la durée.
La première vous fait avancer vite.
La seconde vous permet d’arriver loin.
Alors si vous êtes en train de vous épuiser à tenir un rythme qui ne vous convient plus, posez-vous cette question : qu’est-ce que vous risquez vraiment à ralentir ?
Peut-être moins que vous ne le pensez.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ☺️
Si cette édition vous a plu, n’hésitez pas à la partager ou à me laisser un petit 🧡 pour donner un coup de pouce à cette newsletter.
On se retrouve dans 2 semaines, même jour, même heure !
Jeanne ✨



Faire moins mais mieux, je suis persuadée, surtout pour les métiers "de bureau", que l'on gagnerait à travailler moins en h mais bien mieux en intelligence, et qu'on y gagnerait sur beaucoup de plans !
Merci pour ce témoignage (et félicitations pour l'heureux événement)
Une newsletter qui m'a forcément beaucoup parlé ! J'ai beaucoup aimé, merci de nous avoir partager un bout de tes déclics de ces dernières années par rapport à la discipline et la productivité :)